Woan était endormi et le soleil du printemps entamait déjà sa berceuse pour la nuit. Autour de lui, tout était calme. Woan était couché sur un lit de feuillage rond, sa tête reposait sur un gros coussin remplis de mousse d'érable, la plus moelleuse de toutes les mousses ! Sa couche était protégée pas un système astucieux de branches tressées entre elles et de feuillages, le tout dressé en forme de pyramide. A quelque mètre de là, l'atmosphère était beaucoup moins paisible.
Quatre Woks se disputaient dans le nid supérieur. Leur chef les avaient convoqué pour évoquer le cas de Woan mais surtout pour élaborer leur plan d'attaque !
- « Vous rendez-vous compte de la gravité de cette situation ! QUI vous a autorisé à descendre ? QUI vous a demandé un enlèvement ! »
Balkatrok était furieux, rouge de colère ! Jamais il n'avait ordonné une descente au sol et il n'avait encore moins autorisé l'enlèvement !
- « Vous avez transgressé une des règles fondamentales de notre code, sans mon accord vous ne pouvez pas descendre ! L'impératrice des fées pourrait rendre notre malédiction éternelle pour moins que ça ! Assumerez-vous alors votre responsabilité ?
- Chef ...?
- Quoi ?
- Nous manquons cruellement de sang ! Le dernier captif était terriblement chétif. Il ne nous permettra pas de survivre jusqu'au prochain printemps... Nous pensions que...
- Vous ne pensiez à rien. Depuis quand prenez-vous des décisions sans m'en référer ? Qui vous a donné ce pouvoir ? Croyez-vous que je n'ai pas prévu cette éventualité ?
- Comment ? Voulez-vous dire que vous avez élaboré...
- Des réserves ! Évidement ! Crois-tu que je pourrais voir mon peuple souffrir sans être à même de les aider ? Un bon chef est tenu de prévoir ! Mais le problème n'est pas là. Savez-vous seulement qui avez enlevé ?
- ...
- REPONDEZ !
- Nous... n'en sommes pas certains !
- Vous n'en êtes pas certain ? Imbéciles ! Vous avez enlevé le sorcier le plus puissant que la terre n'est jamais portée. Ce jeune garçon est la clé de notre salut. C'est lui... C'est l'élu !
- C'est ce que nous pensions ! Lorsque nous avons vu son visage nous avons été comme ... frappé par un éclair ... Mais le mal était fait et j'ai donc pris la décisions de le transporter jusqu'à vous. J'en assumerai toute la responsabilité.
- Vous ne réfléchissez pas ! Cette responsabilité pourrait vous coûter la vie. Ce n'était pas le moment prévu ! Nous ne devions intervenir que plus tard. La situation est grave. Si ce jeune homme est bel et bien le porteur de paix, notre devoir commence aujourd'hui et nous devons préparer la bataille.
- Quelle bataille ? »
Les woks se retournèrent surpris par une voix encore inconnus. Dans l'embrasure de la porte, un jeune homme aux yeux bleu et vert se tenait, poing sur les hanches. Les yeux de Balkatrok pivotèrent et d'une voix autoritaire demanda à ses trois compagnons de quitter son bureau.
- « Assied-toi s'il te plait, une longue discussion nous attend. »
Woan ne le contredit pas et obéit silencieux...
Balkatrok avait terminé son récit. Woan ne bougeait pas de sa chaise. A l'écoute de cette histoire qui s'entremêlait avec la sienne, il était pétrifié. Il avait écouté, attentif, la fable qui lui était contée impassible.
Maintenant que c'était terminé, Woan avait l'impression que sa tête était pressée dans un étau. Il regarda par la fenêtre de la cabane. La forêt s'étendait à perte de vue. Sur tout l'horizon il ne voyait qu'un océan de verdure constitué d'une cascade de feuilles de toutes sortes. Il surplombait cette mer végétales d'une centaine de mètre. Il tenta alors d'évaluer l'altitude à laquelle il était perché... L'idée lui donna le vertige ! « Au sol les arbres me paraissaient déjà sans fin... et là je suis encore plus haut ! ». La nuit était tombée, Printemps avait passé les clés du ciel à la lune et à son manteau d'étoiles.
Le silence qui s'était installé semblait éternel ! Woan regardait son hôte à présent. L'impatience était visible sur le visage du chef wok ! Ses yeux de caméléons s'agitaient en tout sens, droite gauche bas haut devant derrière ; toujours dans le même ordre sans répits. Balkatrok transpirait de sagesse, une sagesse inquiétante ! Woan ne savait pas s'il pouvait lui faire confiance ou non. Pourtant, tout dans la créature qui se tenait devant lui, le mettait à l'aise ; son âge avancé, sa barbe blanche et s stature débonnaire ! Mais pouvait-on sérieusement faire confiance à un être qui avait une tête de caméléon sur un corps de gorille ??? Woan décida que oui :
- « Très bien ! Les yeux de Balkatrok pivotèrent pour venir se fixer sur Woan. Tout d'abord, qui vous dit que je suis cet élu dont vous me parlez ? Depuis ma venue au monde je n'ai eu vent de cette fable rocambolesque ! Je ne suis que le modeste fil d'un charpentier ! Il me semble que mes parents auraient pris la peine de me confier ce détails de ma vie... Je suis conscient de ma... différence mais ne le sommes-nous pas tous ?
- Vos parents n'avaient pas le droit de vous raconter le moindre détail, tout comme je n'ai pas le droit de vous en dire plus ! Vous devez le découvrir par vous-même !
- Je vous dit que je ne suis pas celui que vous croyez et..
- Mais enfin seigneur, vous avez la marque !
- De quoi me parlez vous ? Quelle marque ?
- Se sont vos yeux qui parlent seigneur ! L'élu, seul et unique, sera doté de la marque des sorciers, un ½il vert pour l'espoir, l'autre bleu pour le courage. La prophétie est en marche, votre destin est tracé et le notre à travers le votre ! Mon rôle commence aujourd'hui. Je dois vous tester afin de prouver, même à vous, qui vous êtes !
- Mes yeux... la marque des sorciers ? » Il questionna sa mémoire. Des flashes transperçaient son esprit ; Nilrem et l'Académie, toutes les questions aux réponses évasives qu'il posait à ses parents, la sirène : « Est-ce possible... ce garçon est... Non il est trop tôt »
« Le fils du meilleur charpentier du royaume ne peut avoir les mêmes yeux que tout un chacun... »
« Tu as un très grand pouvoir en toi... »
Images et voix s'entrechoquaient... C'était peut-être la réponse à toutes les bizarreries, les mystères qui avaient ponctué sa vie. Woan hésita puis ne pu se résoudre à croire cette histoire farfelue, trop épique pour être vraie !
- « Ha ! ha ! ha ! Quelle histoire rocambolesque ! Comment pourrais-je croire tout ca ? Ha ! Ha ! Ha ! Et puis je n'ai absolument aucun pouvoir !
- Otez la bride au cheval et il retrouve sa liberté.
- Que dois-je comprendre ?
- Voyiez-vous le vent seigneur ?
- euh... non !
- Il existe pourtant ! Laissez-nous juger. »
Woan sonda le wok... Aucun sourcillement, ses yeux étaient fixes, sa voix calme et posée ! Aucun signe dans son comportement n'indiquait qu'il mentait... Il croyait vraiment ce qu'il disait !
- « Soit ! Très bien, testez-moi, mais vous perdrez votre temps et me ferez perdre le mien par la même occasion ! Je suis attendu...
- Le roi est prévenu.
- Co... ! Il soupira. Comment savez-vous le but de mon voyage ! J'ai l'impression désagréable que tout le monde sait plus de chose sur moi. Des choses que même moi ignore.
- Certes. Soyez patient seigneur...
- Saurai-je seulement un jour ce qui se trame ici ?
- Oui. Maintenant allez-vous couchez ! Vos appartements ont été préparé, ils ont été conçu exceptionnellement pour homme. Ils vous attendent depuis vingt ans !
- Je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises ! Ce séjour promet d'être chargé.
- En effet ! C'est pourquoi il vous faut du repos. Allez vous couchez, demain est une rude journée. »
Balkatrok frappa dans ses mains et un drôle d'oiseau arriva par la fenêtre. C'était une boule de poil orange sur deux petites pattes jaunes. Ses ailes montaient verticalement au dessus de sa tête et formaient un angle droit. Woan fut amusé par ses grands yeux jaunes et son petit bec ocre et fut tout de suite prit de sympathie pour ce petit animal.
- « Ceci est un Kakou ! C'est un oiseau très intelligent et très bavard. Ils sont des amis fidèles dès qu'ils ont choisi leur élu. Pour chaque kakou il y a un humain ou une autre créature. Celui-ci est le votre ! C'est mon présent pour vous souhaiter la bienvenue. »
Woan tendu la main vers l'animal qui s'installa immédiatement et se lova dans les bras du jeune homme. Woan le caressa affectueusement et une décharge électrique secoua les deux nouveaux compagnons.
- « Aïe ! Que c'est-il passé ?
- Le kakou vous à choisi. Vous êtes désormais liés par un lien indestructible. Vous comprendrez prochainement cette force.
- Un mystère de plus ! Bonjour toi... Eh oh bonjour ? ... Etes-vous sûr qu'il soit très bavard ?
- Les kakoux acquièrent le don de parole uniquement lorsque leur compagnon les ont baptisé et qu'ils acceptent leur nom ! Désormais, allez faire connaissance dans votre nid et reposez-vous.
- Pas tout de suite non. Si toute cette histoire que vous m'avez narrer est vraie, j'ai une première tâche à accomplir qui ne peut attendre demain.
- Puis-je vous demandez laquelle ?
- S'il vous plait, faites moi le plaisir de me tutoyer.
- Avec un grand honneur si tu en fais de même.
- Très bien. J'ai cru comprendre que le premier jeune homme du printemps n'était pas celui que vous vous attendiez ?
- En effet !
- Alors transfusez-moi ! Prenez mon sang !
- Seigneur... Balkatrok sentit que Woan était intransigeant. Merci mille fois ... Woan ! »