Le soir commençaient sa lente ascension lorsque le seigneur du lagon apparut au balcon du palais. Il se remémora la première fois qu'il était arrivé sur ce même balcon.
Quarante ans auparavant, la révolution avait fait rage sur le royaume des lagons. Le peuple des lagons, que l'on appelait les aquariens, vivaient sous une dictature extrême et violente instaurée par le « grand roi » Trition et poursuivie par ses descendants. La famille de Trition gouvernait en tyran ! Elle considérait que seule la race des sirène-poissons était pure. Ils instaurèrent alors des lois anti-raciales qui installèrent la délation et l'intolérance comme principe politique et devise de la nation. Les sirène-poissons exterminèrent les autres peuples avec une cruauté sans limite, ils haïssaient particulièrement les sirènes-raies qu'ils jugeaient impures !
La dictature avait pourtant du fil à retordre car une résistance s'était formée. A sa tête, un jeune homme sirène-raie du nom de Faquaïec. Il avait réussi à réunir toute une armée de résistant introduite jusque dans les couloirs du palais royal. La reconnaissance et la force de Faquaïec se trouvait dans ses origines. Il était le descendant du premier monarque des lagons qui avait fondé son royaume dans la quiétude et la paix. Seulement, il était marié avec une sirène-raie et, ensemble, ils eurent deux fils. Le premier était Trition, un bel homme à queue de poisson, le portrait craché de son père. Trition avait la musculature et le charisme d'un leader mais il se montra très vite cruel et sanguinaire ! Le deuxième fils était un homme sirène-raie comme sa mère. Il avait hérité de la droiture et de la sagesse de son père ainsi que de la beauté et la tendresse de sa mère. Trition était très jaloux de son frère car il se révélait meilleur que lui dans les études et surtout son peuple lui vouait un amour sans limite ! A la mort de Faquaïec, Trition, en tant que premier né, monta sur le trône. Il commença alors à instaurer sa tyrannie. Il chassa son frère et sa mère du palais royal sous prétexte que seul la race pure des sirène-poissons pouvait avoir jouissance du palais et de la Cour. Il instaura alors des lois anti-raciales bannissant les sirène-raies !
Son frère et sa mère s'étaient réfugiés dans les faubourgs de la capitale aquarienne ! Le peuple leur était resté fidèle et il les protégèrent. Trition était exaspérer de voir qu'encore son frère jouissait d'un tel soutien et le fit assassiner. Mais Trition ne savait pas que son frère avait eu une fille, cachée en tout anonymat parmi le peuple. Le jeune prince pressentait les mauvaises intentions de son roi de frère et avait préparé sa fille à sa succession à la tête de la résistance ! Pour prouver son rang et sa légitimité il lui donna la tiare royale et une lettre signée de sa main. La résistance se prépara en secret durant des années et ce n'est que deux générations plus tard que Faquaïec, descendant direct du prince bannit réussit à construire une résistance puissante ! La guerre éclata et le dictateur en place, cousin de Faquaîec, abdiqua du trône et s'exila avec sa famille. Une longue série de procès suivi. L'ensemble des partisans de Trition furent jugés pour délit de génocide et condamnés à l'exil. Faquaïec monta alors sur le trône qui lui revenait de droit. Ce fut un jour de liesse et de joie pour l'ensemble du peuple des lagons. Depuis, le règne de Faquaïec est placé sous le signe de la prospérité. Il instaura l'égalité, la liberté et la tolérance comme devise de la nation. Son peuple le surnomme ; « le roi serein » !
Aujourd'hui, tout son peuple était là comme au premier jour et l'ovation qu'il reçu lui prouvèrent sa fidélité. Faquaïec leva les mains en signe de remerciement et les Aquariens se turent. Faquaïec se tint debout ainsi profitant de son peuple. Des milliers de sirènes, hommes et femmes étaient rassemblés, ils se mêlaient avec les dauphins, les raies, les calamars géants, les hippocampes et toutes autres espèces sous-marines.
De sa fenêtre, Nyala observait ce formidable spectacle. Elle aimait ce mélange de race vivant en harmonie, toutes ces cultures qui s'enrichissaient l'une l'autre ! Elles se réjouissait de voir tout son peuple rassemblé en une multitude de couleurs, le fond du lagon était comme couvert d'un immense tapis multicolore. Nyala descendit alors rejoindre son père sur le balcon. Lorsqu'elle apparut à son tour, une énorme vague d'acclamation remplie d'amour monta de la foule. La petite sirène eut un frisson qui parcourut son corps et son c½ur. Elle était submergée d'émotion. Son père se leva et lui passa le bras autour de ses épaules :
- « Ma fille ! N'oublie jamais toutes ces couleurs qui font la richesse de notre peuple ! Ils ne comprendront peut être pas ta destinée, mais si tu reviens un jour... Faquaïec marqua un temps, des larmes perlant ses yeux... Ils t'accueilleront à nouveau avec autant d'amour. »
Des larmes chaudes et salées coulaient librement sur les joues de Nyala et elle se surpris à ne faire aucun geste pour les dissimuler. Une princesse n'a pas à avoir honte de l'amour de son père face à son peuple ! Le seigneur du lagon regarda sa fille émerveillé ! Elle était si belle, si courageuse ! Rare était les enfants qui acceptaient si bravement un destin si lourd ! « Maudite prophétie ! » se dit-il en lui-même. Il se retourna vers son peuple et demanda le silence :
- « Cher peuple du lagon ! Mes amis ! Je vous demande toute votre attention... Je vous ai réuni en ce lieu car notre royaume aura très prochainement besoin de beaucoup de courage et de tout son amour. » Faquaïec marqua une pause. Son regard se perdit sur la foule amassée au pied du palais. Il se tourna vers sa fille, la regarda profondément et laissa couler les perles d'eau qu'il retenait depuis trop longtemps. Il regarda ainsi sa petite famille. Le prince héritier Cocian, son seul et unique fils, avait le regard rougit par la nouvelle. Lui et Nyala était très proche depuis la mort de leur mère, ils ne se quittaient quasiment jamais et Cocian, plus jeune que Nyala, avait calé ses pas dans ceux de sa s½ur. Ils étaient côte à côte, main dans la main et regardaient leur père se laisser aller à l'émotion ! Faquaïec était fier d'eux, Cocian ferait un excellent monarque et Nyala accomplirai son destin avec panache et bravoure ! Son peuple attendait silencieux, sentant la gravité de l'annonce du roi. Tout était figé dans l'eau soudain glaciale du lagon. Le « roi serein » leva alors la tête vers l'assistance dévoilant ainsi ses larmes à son peuple. La voix remplie d'émotions il continua :
- « Je me montre à vous pour la première fois tel que je suis ! Mes amis... je vous confie ma tristesse et mes larmes ! ... Aujourd'hui marque la fin d'une aire et le début d'une nouvelle ! Compagnons ! Soyez prêt car la prophétie est en route ! L'Elu nous est apparût ! » Des cris de joie montèrent de la foule, des applaudissement explosèrent sous le balcon du roi !
- « Réjouissez-vous ! L'heure de la paix universelle est à notre porte. Pourtant, avant cela, une guerre sans merci devra faire rage et je suis sûr, qu'ensemble nous iront chercher la victoire !
Les cris d'affirmation crépitèrent comme des feux d'artifices...
- Hélas, cette guerre va nous enlever une personne qui nous est chère à tous... Lorsque la prophétesse Dilnou eu sa vision de l'élu, elle n'en communiqua pas la totalité publiquement. Elle nous convoqua, Alsarus, Balkatrok et moi-même pour nous délivrer l'intégralité de celle-ci. Aujourd'hui est venu le moment de vous la confier :
Pour vaincre, conaitre l'amour l'Elu devra
A une sirène il s'unira !
L'ainé des princesses raies est la promise
Humaine la sirène sera
Et ensemble leur victoire sera de mise.
Désormais mes amis vous savez tout ! »
Le silence régna un long moment... Le peuple aquarien commençait à comprendre qu'ils allaient perdre Nyala, leur princesse, leur repère ! Puis certains voulurent se révolter, refuser ce destin trop lourd ! Au milieu des pleurs et des lamentations, les protestations fusèrent ! Faquaïec leva les bras et demanda à son peuple de se calmer :
- « Mes braves, je vous demande encore un peu de votre attention. La princesse Nyala et l'Elu doivent s'unir dans leur force pour vaincre ! Pour cela, elle doit renoncer à être sirène et monter vivre avec les deux pieds ! Son destin est scellé et je pleure avec vous la perte de ma fille, mais au fond de moi... je suis fier que Nyala accepte et regarde son destin droit dans les yeux !
- JAMAIS ! NOUS NE VOULONS PAS LA PERDRE ! »
Nyala se leva et s'adressa à son peuple :
- « Mes amis, vous ne me perdrez jamais ! Vous resterez toujours au plus profond de mon c½ur comme je resterez dans le votre ! Je suis née promise à jouer un rôle prédominant dans l'histoire de Naëco et je compte bien ne renoncer à mon destin sous aucun prétexte ! Ce qui se joue ici dépasse la frontière de nos lagons, et il est dans votre intérêt ainsi qu'à celui de tous les habitants de Naëco que la prophétie se réalise. Je sais que vous mettrez tout en ½uvre, avec moi, pour que nos générations futures connaissent le monde à l'ombre de la paix ! Si ma participation est de monter vivre avec les deux pieds, si ma seule présence peut, je ne sais encore comment, garantir la victoire ce sacrifice n'est rien comparé à tout ce que nous allons gagner en retour. Je suis prête à affronter le destin qui m'est donné, je m'y suis préparé toute ma vie ! Je le fais pour la paix de notre monde, pour le royaume des lagons et celui de Naêco tout entier ! Ne brisons pas la chaine qui enfermera les coulemelles et leur souverain à tout jamais ! Aquarien ! Tous avec moi pour Naëco !!! »
La foule acclama leur valeureuse princesse avec enthousiasme. Le regard plein de fierté, Faquaïec admirait sa fille, Cocian vint la prendre dans ses bras et Nyala sentit pour la première que son frère était un homme prêt à assumer son destin.